Assises chrétiennes de l'écologie

Au programme, sensibilisation aux enjeux de la crise écologique et réflexion sur les perspectives et pistes d’action qui s’offrent à nous. Par la qualité et la renommée des intervenants présents, ces assises ont mobilisé un grand nombre de personnes. Fr Emmanuel Derkenne nous donne des échos des rencontres auxquelles il a participé :

 Ce qui m’a fait vibrer :

- L’accueil dans une église par Mgr Lebrun, évêque de St Etienne : il a fait remarquer très justement que l’aspect sobre de cette entrée en matière donnait le ton à cette rencontre qui s’est étalée sur 3 jours
- Un grand courant porteur des aspirations de chacun
- 7 conférences, 3 tables rondes, une quarantaine d’ateliers : c’est dire qu’il fallait faire des choix
- La rencontre de visages connus : deux personnes de l’Yonne, une sœur des campagnes (sr Jeanne-Myriam Lallement de Cléon d’Andran), une personne de Rennes rencontrée à Paris le 24 septembre dernier (rencontre du réseau œcuménique « paix, environnement et modes de vie », ou rencontrés dans un atelier et croisés. L’alternance des conférences avec une grande foule et des petits ateliers a été, pour moi, bénéfique pour créer des liens
- La présence dans un même lieu d’associations, mouvements, services d’Eglise habituellement dispersés.

Les rencontres auxquelles j’ai participé, bref aperçu :

 

Le vendredi 11 novembre 2011

« Il est prouvé que les évènements violents que l’on a connus ces derniers temps (ouragans, …) sont appelés à se retrouver de plus en plus fréquemment ; la planète n’attend pas … ». Avec la fonte complète de la banquise en 2013, cela entraînerait une élévation du niveau de la mer et des problèmes de réfugiés climatiques.

Au moment de la Renaissance, la nature (séparée de Dieu) a été ‘exploitée’ : la crise écologique, c’est faire comme si nous n’avions pas de limites ; d’où la notion de développement durable pour les générations futures…Nous nous sentons responsables de l’état de la planète que nous laissons à nos enfants ; et la biodiversité intègre le respect des différentes cultures.

- Jean-Baptiste de Foucault s’est exprimé ensuite en développant la question de la dette : quand le désir augmente plus vite que les moyens de les satisfaire, la dette ainsi créée doit se reporter sur les générations futures.

- Michel-Maxime Egger explique dans son intervention les mécanismes de la crise : nous sommes des êtres divisés intérieurement. Le capitalisme est une machine qui provoque chez l’homme la peur de manquer ; nous devons travailler sur nos ressorts internes en vue d’une mutation intérieure.

- « Il y eu un soir, il y eu un matin … :

Le samedi 12 novembre 2011

Notre monde a connu un développement vertigineux depuis 250 ans, cela du fait de l’emploi massif d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). C’est parce qu’il y a eu un pétrole bon marché qu’il y a eu la mondialisation ; l’effet de serre va nous obliger à moins consommer d’énergies fossiles, notamment de pétrole.

Le nucléaire ne représente que 3% de l’énergie consommée dans le monde ; ce qui est inférieur aux énergies renouvelables consommées dans le monde. La production d’énergie nucléaire suppose de la stabilité politique ; par ailleurs, son bilan carbone n’est pas négligeable (production, période hivernale). De fausses informations ont été colportées sur le coût de la sortie du nucléaire en France, en se calquant sur les chiffres allemands. Par ailleurs, le fait d’avoir une énergie abondante et peu chère induit le gaspillage ? Le nombre d’emplois induits liés aux énergies renouvelables est deux fois plus important que celui induit par l’énergie nucléaire.

La production agricole suppose des outils de régulation pour qu’elle puisse assurer sa fonction première : se nourrir. L’agriculture industrielle a un rapport idéologique avec la guerre. Or la paix découle du travail que chacun fait sur soi-même : c’est l’être humain qui est à changer de l’intérieur. Nous devons nous poser la question de notre responsabilité comme chrétien citoyen : à un niveau personnel en voyant comment on consomme, à un niveau politique en utilisant les lois pour faire changer les choses.

« La peur est à la racine du toujours plus » et nous sommes entrés dans une culture de l’accumulation et les plus faibles n’arrivent pas à suivre. « Ne pas faire l’économie d’un travail sur soi ». On rejoint un slogan des objecteurs de croissance : « moins de biens, plus de liens ». Nicolas Ridoux a expliqué à la vingtaine d’auditeurs comment il était venu à la décroissance : par la sensibilité à la beauté et à la souffrance. Il s’est demandé si la recherche d’un toujours plus n’était pas un pansement sur nos peurs.

Le propos de Bertrand Vergély était d’expliquer pourquoi arrivent les crises et comment le problème de l’écologie ne pourra pas être résolu si l’on ne voit pas la crise de la pensée. Il se pose la question de ce qu’est l’émerveillement. Nous sommes devant le fait inouï de l’existence ; « toujours regarder le monde avec les yeux d’enfants ».

L’émerveillement vient de ‘miracle’, qui se retrouve dans ‘miroir’ et ‘admiration’ : « quand je vais trouver le monde beau, alors je vais devenir intelligent : je rentre dans la contemplation ». « Ne pas tuer notre enfance en nous » …

Pierre Rabhi a développé comment la crise du monde actuelle était une crise du sacré ; on a désappris à s’émerveiller..

- Dimanche 13 novembre 2011

Après la prière du matin, comportant deux psaumes lus à 3 voix (hébreux, clarinette basse et français) ce fut le temps de la conférence à 3 voix :

Michel-Maxime Egger a traité du défi théologique à relever. Il s’agit de restituer une dimension divine à la création – le panenthéisme, c’est l’union sans confusion de la nature et de Dieu - . Par la réalité terrestre, nous sommes partie intégrante du cosmos, or nous portons et récapitulons toute la création. Cela nous confère une responsabilité comme ‘traits d’union’ en vis-à-vis de nos ‘frères’ animaux et végétaux. En tant que maison de Dieu, le cosmos et chaque créature sont des dévoilements de l’énergie divine. Ce qui n’est pas aimé ne peut être sauvé : tu aimeras la terre comme toi-même.

Otto Schaefer est reparti des 1ers livres de la Genèse dont tous les commentateurs parlent de la sollicitude divine à l’égard des hommes. L’homme est pêcheur parce qu’il est partiel, contradictoire ; l’écologie est exigeante : nous ne pouvons être parfaits. La liberté chrétienne n’existe pas sans la responsabilité mais aussi pour préserver la liberté des générations futures.

Marc Stenger parla de la transformation que nous devons faire pour sortir de la crise dans laquelle nous sommes.

L’homme est responsable de ne pas entraver l’accomplissement de sa marche vers le Christ dont la résurrection ouvre une perspective d’espérance. Notre foi chrétienne nous invite à considérer la création comme un don fait aussi à d’autres. Elle fait valoir que le plus lointain est autant un proche, Le développement intégral englobe l’ensemble de la création. La foi chrétienne nous engage à valoriser la fragilité de la nature et à construire un monde où les fragiles ne sont pas exclus.

Frère Emmanuel Derkenne

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