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La miséricorde en Afrique...

 2013.B priscaEn cette année de la miséricorde, il est nécessaire de réfléchir sur la signification de ce concept lourd de sens et pas souvent facile à  vivre. Dans toutes les cultures, quelle que soit la religion pratiquée, la notion de miséricorde existe.

Dans le contexte africain, le mot « miséricorde » est traduit dans chaque langue mais en lien avec la notion du pardon, de la pitié et de la réconciliation. Une œuvre de miséricorde peut être remarquée face à un nécessiteux à qui l’on vient en aide par pitié. Traditionnellement, dire « je te fais miséricorde » cela signifie « je te pardonne ».

Dans la logique de toutes les traditions africaines, il n’y aurait jamais eu de conflit sans réconciliation. Et quand on parle de réconciliation, c’est qu’une des parties décide de concéder quelque chose ; soit par pitié, soit par influence de la loi naturelle. Car si tout le monde sait que telle personne n’aime jamais pardonner, le risque de demeurer solitaire est grand. Et pourtant la solidarité et la fraternité en Afrique occupent une place très importante dans la vie de chaque société.

Difficile de pardonner
Le pardon accordé est la conséquence de la pitié que l’on a envers l’autre. Quand on n’a pas pitié, il est très difficile de pardonner. Un exemple : deux personnes en conflit suite aux dégâts causés par l’une des parties dans le champ de l’autre. Le propriétaire du champ convoque l’autre chez les sages du village. Après jugement, il revient au fautif de réparer les dégâts causés ou de donner l’équivalent en espèces. Le propriétaire étant miséricordieux dit aux sages :  "Du fait qu’il a reconnu sa faute je lui fais grâce"… Et pour rendre effectif cette remise de dette, les sages demandent au fautif d’acheter de la boisson locale qu’ils boiront dans une même calebasse en signe de réconciliation.
Les sages et les chefs traditionnels sont des personnes qui recherchent l’unité, la paix dans le clan ou dans le village. Et aller leur exposer un problème que l’on a avec autrui, c’est synonyme que l’on est en quête de la paix. Et cela fait la dignité de la famille.
Nous pouvons constater que pour arriver à la miséricorde comme nous l’entendons, il faut forcément passer par le dialogue,  la réconciliation et le pardon.
Il y a le cas d’un berger nomade qui a été assommé par machette parce qu’il avait laissé ses bœufs manger le sorgho d’un paysan (c’était toute sa récolte). Dans ce dernier cas, il n’y a aucune œuvre de miséricorde parce que des deux côtés il n’y a pas eu de sentiment de pitié. Sinon le premier n’aurait pas abusé de la récolte d’autrui et le second n’aurait pas ôté la vie de son concitoyen. C’est regrettable mais que dire ? Nous n’avons pas le même cœur.


L’Amour sans condition de notre Dieu
Lorsqu’on parle de miséricorde, cela nous renvoie directement à Dieu. Nous sommes des pécheurs perpétuels mais l’Amour sans condition de notre créateur fait qu’il ne peut pas nous laisser dans l’égarement. Dans la Bible, nous avons beaucoup de textes qui traduisent cela. Dans «l’aiguillon de l’amour divin», Saint Bonaventure dit : « Oui, la miséricorde de notre Dieu est immense ! Quand même, en vous, se trouveraient tous les péchés qui ont jamais été, tous les crimes qui seront commis dans l’avenir, la miséricorde du Seigneur l’emporterait infiniment sur tout cela ; et si vous recouriez à Lui, sa tendresse sans bornes Lui arracherait votre pardon ». Dieu ne se fatigue jamais de nous prendre en pitié car il est Lui-même la Miséricorde inépuisable.
Que cette année fasse de nous des artisans de la miséricorde autour de nous !

Sœur Prisca BARANDAO
Prieuré Sainte Félicité Pouda (Togo)

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