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De la ville à la campagne

 

meriaux.LongemerDe Paris, que peut-il sortir de bon pour le monde rural ? Avec la grâce de Dieu, il faut s’attendre à tout !

Je suis née à Paris, dans le 19ème. J’ai fait mes premiers pas dans un petit appartement, et il ne fallait pas trop courir pour ne pas déranger la dame âgée du dessous ! J’ai sept ans lorsque mes parents emménagent dans un pavillon à Aulnay-sous-Bois. C’est à cet âge-là que j’ai la joie d’accueillir la naissance de mon petit frère Pierre : je ne suis plus fille unique !

 

Par les vacances à la campagne je découvre le monde rural.

Heureusement, comme bien d’autres parisiens, j’ai bénéficié des vacances à la campagne. Durant les deux mois de grandes vacances, j’allais en famille dans le centre du Finistère. Là, c’était la liberté dans le village, de la maison de ma marraine à celle des grands-parents. Des jeux, des balades, la laine des moutons à laver, sans oublier la fête, le Pardon le 15 Août ! Par ces grandes vacances, j’en suis sûre, j’ai déjà découvert des valeurs du monde rural, beauté, simplicité, vérité.

J’ai 14 ans lorsque la décentralisation du travail de maman nous amène dans le Loiret. Quelle étape ! Le jardin nous semblait immense. Les parents passaient bien moins de temps dans les transports, le rythme de notre vie était changé : comme un air de vacances se glissant dans le courant de la vie de travail. A cette époque-là, quelque chose s’est passé en moi au plan de la foi. J’ai d’abord éprouvé un vide. J’essayais d’aller à la messe, accompagnant mon petit frère. En banlieue parisienne, là où j’avais fait mon caté, j’avais été soutenue par le foyer de ma nourrice qui donnait un témoignage de foi vivante : elle faisait le caté et lui animait les chants. A la messe, je retrouvais ceux que je rencontrais chez ma nourrice. Les relations d’une communauté heureuse de se retrouver, comme une grande famille, m’avaient marquée. Dans le Loiret, je ne connaissais personne. J’allais à la messe et j’en repartais comme une inconnue, ou encore j’étais la soeur du petit Pierre.

J’avais aussi trouvé un livre de caté de maman qui racontait des passages de l’Ancien Testament. Je trouvais cela passionnant. Si bien qu’au Noël suivant, j’ai demandé à avoir une Bible. Bien que baptisée et ayant fait ma profession de foi, je n’avais eu ni Bible ni missel en cadeau, et il n’y en avait pas à la maison.

J’ai parlé à une amie de mon désir de vie religieuse

Puis, en seconde, une amie m’a permis un pas de plus dans la foi. Elle m’a fait découvrir le Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne (MRJC). Au début, à ma déception, on ne parlait pas beaucoup de Dieu. Pourtant, les échanges, et ce que nous vivions dans le groupe, avaient déjà pour moi goût d’Évangile. A cette amie, j’ai partagé mon désir de vie religieuse. Je ne connaissais alors aucune religieuse, aucune communauté. Elle m’a invitée à rencontrer sa tante qui était Soeur. Je m’en suis bien gardée ! Je l’ai su par la suite, c’était une Soeur des Campagnes ! A 20 ans j’ai vécu une autre étape avec la mort de papa. La mort déroute toujours, nous n’y sommes pas préparés. Pourtant nous savons que l’homme est mortel. Ce fut pour moi un cri, presque un cri d’accusation lancé vers Dieu. Pourquoi ? Nous avions encore besoin de notre papa, Pierre avait 14 ans. A ce moment-là, sur ma route, j’ai eu la chance de trouver des lieux où poser mes questions, de rencontrer des personnes qui m’ont aidée à dire mes doutes.

Je suis entrée dans un réseau chrétien cela m’a aidée à éclairer ma foi

J’ai découvert aussi que lire la Bible, seule, comme je le faisais, ce n’était pas évident pour découvrir le vrai visage de Dieu. J’ai rencontré les Frères et les Soeurs des Campagnes. Par eux je suis entrée dans un réseau chrétien et j’ai participé à des groupes qui m’aidaient à éclairer ma foi et à apprendre à prier. Avec la joie d’y rencontrer d’autres personnes, jeunes, ayant ce même désir de vivre l’Évangile au point d’y consacrer toute leur vie, tout leur être dans la vie religieuse. Ainsi, j’ai cheminé, j’ai pris un temps de permanence au service du MRJC puis, à 22 ans, j’ai demandé à recevoir le sacrement de confirmation. Enfin, j’ai fait le pas vers la vie religieuse.

On ne devient pas Soeur du jour au lendemain.

Je suis entrée chez les Soeurs des Campagnes en 1986. C’est à la fois long et court. Court, car cela me semble être hier. Long, car, relisant ces années, j’y vois bien des étapes : du postulat au noviciat jusqu’aux premiers voeux, passant de l’Eure au Loiret, puis de l’Yonne au Portugal et maintenant en Seine et Marne

On ne devient pas Soeur du jour au lendemain; ça se cherche et ça se découvre, à tâtons ou en courant, selon les moments, à travers la vie et la fidélité des autres Soeurs. Ceci au coeur des relations quotidiennes, chargées d’un amour fraternel qui sait pardonner et au delà des conflits.

Mais, devenir religieuse, ce n’est pas seulement voir vivre une communauté et tenter d’imiter ce que les Soeurs vivent. Il y faut aussi du temps, comme le fruit qui a besoin de mûrir. Cela suppose toute une intériorisation pour vivre cet état de femme consacrée, avec ce que l’on est, ce qui nous particularise, ce qui nous a façonnée jusque là.

Folie pour le monde aujourd’hui

Suivre le Christ, choisir par amour de ne pas se marier, de ne pas avoir d’enfant, choisir l’obéissance et la pauvreté, c’est un peu un défi pour le monde aujourd’hui. Cette folie m’a été proposée comme un appel à me mettre en route, comme une force de vie si grande qu’elle m’a fait renoncer à créer une famille. Je n’ai fait que répondre oui en risquant un premier pas dans la vie religieuse.

Ce "oui", vous imaginez bien qu’il m’a fallu plusieurs fois le renouveler, comme bien des couples en font l’expérience. Je croyais, en entrant dans la vie religieuse, que j’allais surtout découvrir plus de choses sur Dieu. En fait, nos vies sont mystérieuses, car c’est ma propre existence que Dieu m’a révélée. Mais en même temps, à travers un parcours de nuit et de joie, de mort et de résurrection, je l’ai découvert, lui, dans tout ce qu’il venait libérer en moi. L’homme, la femme, que je suis, que vous êtes, sont sans cesse en devenir, donc changeants, sur un chemin qui peut être libérateur, épanouissant. C’est pour cela que nous sommes conviés à renouveler le oui avec ce que le présent fait de nous.

Livrée à Dieu pour toujours

Vient un moment où le oui a mûri. On sait davantage le poids de ce à quoi on s’engage. L’expérience souvent l’a montré : serviteur infidèle devant le partenaire si patient et fidèle qu’est Dieu. Mais au-delà de ces failles, une parole peut surgir, s’appuyant sur la grâce de Dieu, sur la force de l’Esprit et sur le soutien d’une communauté qui accepte de nous accueillir.

C’est donc libre, heureuse, aimant que l’on peut prononcer ce "oui " qui nous livre à Dieu pour toujours.

Soeur Sylvie
Adapté d’un article paru dans Chronique.

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