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Frère René-Joseph CHARRIER (1928-1981)

Frère René-Joseph CHARRIER est décédé le 11 janvier 1981, à l'hôpital de Coulommiers, après une longue maladie de deux ans. Il était chez les F.M.C. depuis 1951. Il fit son noviciat à La Houssaye-en-Brie (Seine-et-Marne). Il vécut dans les Communautés de Saints (Seine-et-Marne) et de Saint-Sulpice (Oise).

 

Les Frères du Prieuré Saint-Martin à La Houssaye, sa dernière Communauté, expriment ici comment ils ont vécu, en union étroite avec le Frère, ces moments délicats de la maladie et de la mort.

 

Au cours d'une veillée, précédant la sépulture, Frères, parents et amis ont fait revivre pour quelques instants très denses, le visage du Frère.

LES DERNIERS MOIS

Hospitalisé en 1979, Frère René-Joseph a reçu un traitement chimio-thérapique qui devait stopper l'évolution d'un cancer des ganglions. Au printemps 80, il a pu reprendre son travail à mi-temps, à l'entretien dans une école de Meaux où il logeait sur semaine. En août, le cancer récidive ; il doit écourter son séjour en famille et est de nouveau hospitalisé pour examens. Dès octobre, les médecins laissent entendre qu'ils ne maîtrisent plus l'évolution du mal ; seule chose possible : soulager les souffrances.

Nous prenons conscience alors, en communauté, de l'importance de l'événement qu'il nous est demandé de vivre. Progressivement, nous décidons de l'entourer de façon plus étroite : il aura une visite pratiquement chaque jour. Beaucoup de Frères, de Sœurs, d'amis, sa famille aussi, ont bien vite assuré avec nous près de lui, une présence régulière soit par des visites, soit par lettres.

Dimanche 11 janvier 1981, à 0 h 15, Frère François recevait son dernier souffle, au moment où Frère Roger venait prendre le relais de veille pour la nuit.

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Frère René, tu faisais partie de notre famille. On t'aimait bien. Tu étais toujours là pour nous rendre service. Tu aimais tant nos enfants ! Tu nous comprenais et on aimait bien parler avec toi. On n'en finirait pas de dire de bonnes choses de toi, des bons moments qu'on a passé ensemble. Et même, quand des gens nous voulaient des ennuis, tu n'hésitais pas à nous défendre, allant jusqu'à te compromettre. Tu aimais aussi à nous parler de Dieu, à nous expliquer la Bible, à nous aider à prier et à mieux nous aimer les uns les autres. Ta longue maladie nous a beaucoup peinés, mais toi tu avais toujours le courage. Dernièrement, quand nous t'avons souhaité la Bonne Année, tu nous as répondu : « C'est surtout à vous : que vous ayez la santé et du Bonheur et que Dieu et la Sainte Vierge soient toujours avec vous ». Nous ne te verrons plus, mais ton souvenir restera toujours avec nous. Comme tu nous l'as montré, nous nous tournons vers Dieu pour le remercier et nous le prions de tout notre cœur pour que tu sois heureux avec lui.

 Les gens du voyage.


 

 

Il aimait le jeu... les enfants... il aimait la fête... les voyages... c'était le boute-en-train de la famille. Il n'a jamais voulu inquiéter sa famille sur sa maladie. Il était attentif à chacun des siens pour les rejoindre dans leur vie quotidienne.

 Sa famille.


 

 

 

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UNE QUESTION DIFFICILE : PARLER ?

Plusieurs fois, des Frères nous ont demandé si nous parlions avec lui de la mort. Cette question est sans doute posée trop souvent dans l'abstrait, «autour d'un tapis vert»... mais "un dessus-de-lit n'est pas un tapis vert" disait l'un de nous.

Une maladie comme le cancer - Frère René-Joseph connaissait la nature de son mal - peut avoir des évolutions inattendues. Le Frère n'attendait pas la mort, mais s'accrochait au moindre petit détail pour croire en la guérison ; jusqu'au bout il a fait des projets, au risque de se donner des illusions : par exemple, quand les corticoïdes le faisaient grossir ou excitaient sa faim, il y trouvait un signe de mieux. Il faisait grande confiance aux médecins qui l'avaient tiré d'affaire plusieurs fois. Nous n'avons jamais entretenu ces illusions, dans un faux jeu ; ce qui nous paraissait le plus important, c'est que le Frère soit devenu capable de remettre en cause lui-même les projets qu'il faisait, dans une grande disponibilité. N'est-ce pas cette attitude de fond qui est essentielle ? Avec d'autres malades, il est peut-être possible de vivre un autre cheminement

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... Frère René s'intéressait beaucoup aux autres malades de l'hôpital et très souvent, il me demandait des nouvelles de tel malade dont je lui avais parlé et pour qui je lui avais demandé de prier. Frère René dans sa maladie était demeuré avant tout un Frère missionnaire : il avait gardé le souci de la mission. Il me posait des questions sur ce qui se fait, ce que les confrères faisaient dans les différents secteurs d'apostolat. Très souvent il m'a parlé de ses amis les gitans, les gens du voyage ; il était toujours très touché quand ceux-ci venaient le visiter. Ce que je souhaite aujourd'hui, c'est que Frère René continue à partager avec nous nos soucis, nos projets, nos essais au service de la mission dans ce secteur, et aussi à l'hôpital de Coulommiers...

P. Marcel HUCHON Aumônier de l'hôpital de Coulommiers.

 

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UNE AVENTURE SPIRITUELLE

1928-1981 Rene-Joseph CHARRIERLe temps fort de cette « remise entre les mains de Dieu », a été l'onction des malades. « J'y pensais, a-t-il dit, depuis mon pépin de santé de 68 ». L'un de nous lui en avait parlé en septembre. C'est lui-même qui a fait ensuite la démarche, à l'occasion de la célébration que préparait le secteur de Rozay –en-Brie pour une vingtaine de malades.

Jusqu'aux derniers jours de sa vie, Frère René-Joseph a trouvé appui dans ce sacrement : il en parlait souvent aux uns et aux autres. Plusieurs fois, on a pu lui demander : « Comment vis-tu ce temps de maladie ? ». Un jour, il a répondu : « Quand on est malade, on est dépendant pour tout ; c'est plus facile de se sentir dépendant de Dieu ».

Les uns et les autres, Frères, Sœurs, aumôniers de l'hôpital, nous avons pu prier très facilement avec lui. Il aimait exprimer sa foi et surtout ouvrir la prière sur les malades de l'hôpital, le personnel, les événements du monde. Plusieurs fois, nous avons pu célébrer la messe ou l'office avec lui, ou plus simplement le chapelet. Il aimait en particulier, que l'on dise un psaume et lui, écoutait... ce n'était pas sans émotion, car ces « cris d'hommes » que sont les psaumes sont une rude école pour prier face à la maladie, à la souffrance, à la mort.

 Aller lui rendre visite devenait une aventure spirituelle : il fallait s'y préparer par un temps de prière personnelle, pour se mettre dans un climat de rencontre profonde. Parfois, nous avons eu conscience de le fatiguer, surtout dans les derniers moments où il était pris dans l'étau d'une souffrance sourde. Alors, nous restions, près de lui, en silence.

 

 C'EST LUI, LE PAUVRE QUI ETAIT RICHE

« Plusieurs fois, disait l'un de nous, il m'a amené avec lui chez les gens du voyage. Il arrivait en pauvre chez eux. C'est eux qui le soutenaient. Et c'est lui le pauvre qui était riche ». Les limites personnelles ne sont-elles pas souvent chances pour le Royaume ? C'est ce que nous pensions en voyant les amis du voyage lui rendre visite à l'hôpital ou venir prendre de ses nouvelles. Et nous avons été bien plus heureux encore quand ils sont arrivés de Montargis par un temps épouvantable, pour être avec nous à l'enterrement, et quand ils ont accepté de partager le repas qui suivit. C'était un des derniers projets du Frère René-Joseph : « Quand je reviendrai à La Houssaye-en-Brie, nous les inviterons tous pour un grand repas »...

Aujourd'hui, nous avons devant nous, à la chapelle, la belle croix où sont gravés son nom et les dates de ses deux années de « naissance » 1928-1981. Et nous aimons reprendre le chant : « Tu es le pauvre... en toi, la vie éternelle de Dieu. »

Face à la mort, les mots se font plus lourds de sens.

 

Les Frères du Prieuré Saint-Martin

 (Extrait de CHRONIQUE des FMC et SC N° 135 Juin 1981)

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