Frère Eugène Grange (1925-2012)

Après un temps à la ferme familiale dans les Monts du Lyonnais, Frère Eugène est entré dans la congrégation FMC à 28 ans. Comme maçon il a laissé beaucoup de réalisations dans les prieurés : La Houssaye (Seine-et-Marne), Crancey (Aube), Boulogne-sur-Gesse (Haute-Garonne)… Depuis 2006 il résidait au Prieuré de Brienon (Yonne). Il a su trouver sa place à la maison de retraite, participant aux activités et à la prière mariale.

Ses obsèques ont été célébrées en l'église de La Houssaye-en-Brie (Seine-et-Marne) le 27 septembre en présence de son frère et de ses neveux et nièces, de Frères Missionnaires des Campagnes, de Sœurs des Campagnes, d’amis venus des lieux de mission où il avait été envoyé.

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Voici quelques extraits de l'homélie

 du Frère Jacques Dentin,

à partir de l’évangile de Mathieu, chapitre 7, versets 24 et suivants :

"Ainsi, quiconque écoute ce que je viens de dire et le met en pratique sera comme un homme intelligent qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les rivières ont débordé, la tempête s'est abattue sur cette maison, mais elle ne s'est pas écroulée, car ses fondations avaient été posées sur le roc".

 

Une telle maison, bâtie sur le roc c'est une vraie maison de maçon, solide et sécurisante. Jésus, véritable artisan savait qu'il est fondamental de bâtir sur du solide et de poser de vraies fondations avant d'entreprendre toute construction, qu'elle soit matérielle, intellectuelle et surtout humaine, dans le respect de la dure loi du réel.

Frère Eugène avait conscience que sa personnalité humaine s'était bâtie sur le roc des valeurs évangéliques et des exemples de foi reçus au sein de sa famille et de son cher village natal, Larajasse (Rhône), auquel il sera fidèle toute sa vie, ne voulant pas manquer « la fête des classes » traditionnelle dans la région.

Son enfance et sa jeunesse ont donc été marquées par le rythme régulier des saisons et le cycle fidèle des fêtes chrétiennes. Sa foi au Dieu vivant et son attachement inconditionnel à Jésus l'ont amené au don total de lui-même dans la vie religieuse chez les Frères Missionnaires des Campagnes. Il lui était évident qu'il devait répondre à l'appel du Seigneur au sein de ce monde rural qui l'a vu grandir.

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Mais très vite, en arrivant en Seine-et-Marne, et dans les divers prieurés où il a été envoyé, il a réalisé la grande diversité des situations et l'importance que l'Église pourrait y tenir. Jamais il n'a douté de sa place dans ces univers, culturellement si différents, ni l'importance de la présence missionnaire en communauté, au sein de populations courageuses, généreuses, mais apparemment si peu religieuses. C'est dans ces divers contextes qu'il a toujours mené la vie ordinaire, simple, discrète et laborieuse d'un maçon.

Il a partout noué des liens humains naturels et solides, tant par sa présence sur quelques chantiers qu'à l'époque où il est devenu, dans le Comminges, artisan indépendant…

 

Sa vocation missionnaire s'enracinait ainsi à travers des liens familiers spontanés, où beaucoup de choses de la vie étaient partagées.

Revenu en pays briard pour l'accueil au Prieuré saint Martin, la proximité avec quelques familles de gitans et de gens du voyage l'ont amené à restaurer la petite chapelle de sainte Aubierge où il les retrouvait lors des pèlerinages ou lors de célébrations familiales...

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L'évolution du monde et toutes les techniques l'amenaient parfois à s'interroger sur l'avenir de la société et de l'Église. Mais quand il découvrait le bonheur manifesté lors d'une naissance ou d'un mariage religieux bien préparé, cela lui redonnait confiance en l'avenir d'un monde où les valeurs humaines de justice, de solidarité et de paix, et les références évangéliques de fidélité, seraient encore et toujours là.

Une phrase du livre des proverbes pourrait bien s'appliquer à Frère Eugène : "Le Seigneur a horreur des gens tortueux et les hommes droits sont parmi ses intimes"                       (Proverbes 3, 32)