2016 danslacour canne maingaucheFrère Jacques   MAITRE.
au prieuré de Brienon (89)

 Jacques est né à Châtillon sur Seine, en Côte d'Or, le 23 décembre 1928 ; il fut baptisé dès le 27 décembre. Il reçoit la confirmation, le 21 mai 1938. Il a fait ses études au collège Saint Joseph à Reims, puis au collège Saint François de Sales à Dijon.
En 1949, il est accueilli à la Houssaye et fait sa première profession comme Frère Missionnaire des Campagnes, le 1er octobre 1950 : il avait 22 ans.

 Sa vie de communauté et de mission se déroule en cinq étapes de 10 à 13 années chacune.
De 1952 à 1962, c'est le temps de formation, en philosophie et en théologie, entrecoupé par le service militaire. Il fait sa profession perpétuelle le 28 septembre dans l'église de La Houssaye en Brie. Il est ordonné prêtre par Mgr Courrège, le 8 avril 1962. Frère Jacques est de santé fragile, mais il reste vaillant et fidèle.

 Après une année à Saint Sulpice dans l'Oise, il est envoyé au Prieuré Saint Joseph à Sainte Sévère dans l'Indre, de 1965 à1975.  Avec ses Frères, il anime un secteur pastoral.

Il quitte l'Indre pour le Prieuré Notre-Dame des Bois à Canappeville dans l'Eure, après être resté une année au Prieuré Saint Paul, à la Croix sur Ourcq ; il se donne pendant douze années au service paroissial de 1976 à 1988.

Son parcours fraternel et missionnaire se poursuit en Isère, à Pommier de Beaurepaire, de 1988 à 2001 ; ils sont quatre Frères en partenariat avec des Sœurs Dominicaines des Campagnes. Ensemble, ils forment, Sœurs et Frères, une communauté de prière et de vie apostolique au service de la région. Frère Jacques rend service, en lien avec le curé de la paroisse.

Il fait un cours passage à Montricoux, en Tarn et Garonne et entame sa dernière grande étape : de 2002 à 2014, à Dieulefit dans la Drôme, où il retrouve trois autres Frères à la retraite. Nous sommes venus de la Drôme, Frères Louis, Edmond, Lucien et moi-même, porter le témoignage des gens avec lesquels il a vécu pendant douze ans. Ils aiment dire que Frère Jacques avait une présence active et fraternelle, une insertion simple au milieu de la population, sans prise de responsabilité. Ils soulignent ses qualités d'écoute, de simplicité, de don de soi, de sourire malgré la fatigue et les ennuis de santé. Il donnait le meilleur de lui-même en participant à des associations : groupe de gymnastique, chorale, groupe de lecture... et surtout visite des malades en lien avec les protestants. Il avait une attention toute spéciale pour les personnes seules, en panne de vie sociale. Au Prieuré, Frère Jacques nous parlait de Voinette, une vieille femme seule qu'il aimait inviter à notre table ; de Lucien, un homme grabataire à l'EHPAD, près de chez nous ; de Simone, qui a retrouvé par lui le chemin de la foi. C'est d'elle que je ramène ce mot : ''Jacques, c'était un berger''...

Son départ de Dieulefit pour Brienon (89) en 2014 fut un arrachement ; sa santé était devenue de plus en plus fragile. Sa vie sur terre s'est achevée le 16 juin 2016, à la maison de retraite de Cheroy, dans l'Yonne ; il était dans sa 87ème année, la 66ème année de sa vie de Frère.

Qu'il contemple à jamais le Seigneur qu'il a aimé et servi !

                                                                                                                                   Frère Charles Jourdain

Roger Porret

1931-2016

Souviens-toi de Jésus-Christ, ressuscité d’entre les morts…
Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons .  2 Tim2 , 8..11

Après 15 jours au Centre Hospitalier Régional d’Orléans et quelques jours au Centre Hospitalier de Neuville aux Bois, Frère Roger Porret a achevé sa mission qui l’animait avec passion, le Mardi 22 mars 2016, à quatre jours de ses 85 ans.

Il avait rejoint le prieuré de Lorris en 2001 à son retour d'Afrique.

Les obsèques ont été célébrés le mardi 29 mars 2016 en l'église de Lorris (Loiret).

Il est inhumé au cimetière de L a Houssaye en Brie (77)

 

Poème lu par la famille de Fr Jacques Maitre,
à ses obsèques le 20 juin 2016 à La Houssaye-en-Brie

Ne me pleurez pas…


Ne pleurez pas en pensant à moi !
Soyez reconnaissants pour les belles années
Pendant lesquelles je vous ai donné mon Amour !
Vous ne pouvez que deviner
Le bonheur que vous m’avez apporté !
Je vous remercie pour l’Amour que chacun m’a démontré !

Maintenant, il est temps pour moi de voyager seul.
Pendant un court moment vous pouvez avoir de la peine.
La confiance vous apportera réconfort et consolation.
Nous ne serons séparés que pour quelques temps !

Laissez les souvenirs apaiser votre douleur !

Je ne suis pas loin et la vie continue !
Si vous en avez besoin, appelez-moi et je viendrai !
Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là,
Et si vous écoutez votre cœur, vous sentirez clairement
La douceur de l’Amour que j’apporterai !

1928 2016 Jacques Maitre marche aveclacanne noiretblanc plusclairQuand il sera temps pour vous de partir,
Je serai là pour vous accueillir,
Absent de mon corps, présent avec Dieu !

N’allez pas sur ma tombe pour pleurer !

Je ne suis pas là, je ne dors pas !

Je suis les mille vents qui soufflent,
Je suis le scintillement des cristaux de neige,
Je suis la lumière qui traverse les champs de blé,
Je suis la douce pluie d’automne,
Je suis l’éveil des oiseaux dans le calme du matin,
Je suis l’étoile qui brille dans la nuit.

Fr Jacques Maitre à Brienon en 2015



VOCATION… MISSIONS…

ET L’AUJOURD’HUI DE DIEU

Interview de Fr. Jacques Dentin
par Fr. Jean-Yves Hélaine

"Le premier objectif de l’Année de la Vie consacrée… est de regarder le passé avec reconnaissance. Chacun de nos Instituts vient d’une riche histoire charismatique. À ses origines est présente l’action de Dieu qui, dans son Esprit, appelle certaines personnes à la suite rapprochée du Christ, à traduire l’Évangile dans une forme particulière de vie, à lire avec les yeux de la foi les signes des temps, à répondre avec créativité aux nécessités de l’Église. L’expérience des débuts a ensuite grandi et s’est développée…Raconter sa propre histoire est indispensable pour garder vivante l’identité, comme aussi pour raffermir l’unité de la famille et le sens d’appartenance de ses membres. Il ne s’agit pas de faire de l’archéologie ou de cultiver des nostalgies inutiles, mais bien plutôt de parcourir à nouveau le chemin des générations passées pour y cueillir l’étincelle inspiratrice, les idéaux, les projets, les valeurs qui les ont mues…"      (Pape François)      Année de la Vie consacrée (2015-2016)

JYH  Cette demande du pape François de regarder le passé avec reconnaissance m’a donné l’idée d’interviewer quelques Frères sur leur vocation et leur vécu dans la Congrégation...Frère Jacques, pourrais-tu d’abord évoquer ta vocation, comment tu en est arrivé à frapper à la porte du Noviciat ?

JD   Je pense d’abord que la vocation fondamentale c’est le baptême ! C’est à l’intérieur de cette vocation que j’ai trouvé… que je trouve…  mon chemin chez les Frères. Étant jeune, j’ai pris conscience d’un appel de Jésus sur ma vie. Bien sûr j’avais aussi des exemples dans ma famille. J’avais quand même 2 oncles prêtres et une grand-tante religieuse. Sans être très proches ils étaient quand même très présents, surtout ma grand-tante cloîtrée

.JYH  Comment vivais-tu ta vie chrétienne de jeune ?

JD  La JAC m’a beaucoup apporté dans mon désir d’être témoin de Jésus. La rencontre d’autres jeunes chrétiens qui ne pensaient pas forcément à la vie religieuse ou même pas du tout… mais qui étaient préoccupés de témoigner du Royaume de Dieu…

JYH Comme les Jocistes qui chantaient : « Nous referons chrétiens nos Frères » ?

JD   Oui ! Il y avait un terreau chrétien surtout dans ma famille. Ma famille était chrétienne mais dans un univers qui ne l’était pas. Le Vimeu (nom de la région) était « déchristianisé » comme on disait à l’époque : on parlait même du « Vimeu rouge ». La Somme a toujours été en avance au niveau de l’Action Catholique ; il y avait des prêtres qui sortaient du Séminaire (presque de mon âge) avec un grand esprit missionnaire..

.JYH  Le contexte familial, les oncles prêtres, la grand-tante religieuse, la JAC avec un esprit missionnaire très fort…

JD  Oui, c’est dans ce terreau que s’est posée pour moi la question d’être prêtre, puis d’être Frère Missionnaire des Campagnes. Au début je pensais uniquement « être prêtre » puisque les  exemples que j’avais c’était mes oncles (prêtres diocésains). Ce n’est pas d’abord la vie religieuse qui m’a parlé, qui m’a appelé…
J’avais été dans des écoles chrétiennes, chez les Jésuites puis chez les Frères des Écoles chrétiennes. J’ai beaucoup reçu des Frères des Écoles chrétiennes. Mais c’est surtout la JAC qui m’a donné le sens missionnaire.

JYH  Tu travaillais à la ferme comme aide familial, et à 27 ans, tu te décides à annoncer aux parents qui tu désires être prêtre ! Comment cela a-t-il été reçu ?

JD  Mon père était bien d’accord. (Il avait 2 frères qui étaient prêtres…) mais ma mère était contre…
En 1959, je suis donc parti, avec les encouragements de mon père et les réticences de ma mère, pour deux ans au « Séminaire de Vocations tardives » de St Jean-les-Deux-Jumeaux en Seine-et-Marne. Je ne pensais pas encore aux Frères ; j’avais pensé un peu à la Mission de France mais mon oncle Paul Dentin m’avait déconseillé…Pierre Dentin, son frère, m’aurait poussé davantage…(Pierre éditait des documents pour les aumôneries de Lycée ; Paul avait fondé les Auxiliaires du clergé). Pour être prêtre il fallait obligatoirement à l’époque connaître le latin et faire une remise à jour niveau bac. Je suis donc parti 2 ans à ce Séminaire qu’on appellera plus tard « Séminaire d’aînés ».
Le Père Epagneul, étant jeune prêtre, avait été « prêté » par le diocèse de Paris quelques années comme économe et professeur à ce Séminaire. Le Père connaissait très bien mon oncle Paul. C’est par lui que j’ai entendu parler des Frères Missionnaires des Campagnes... Plusieurs FMC (dont le Fr Léon Taverdet) étaient anciens de ce Séminaire et y venaient de temps en temps... J’ai ainsi mûri mon projet de devenir moi aussi Frère Missionnaire des Campagnes, car je voulais une vie religieuse.

JYH  Ta vocation… orientée vers la vie religieuse communautaire, le monde rural, la mission, la prière…

JD  Oui, et en 1961… je rentre au Noviciat des FMC à La Croix-sur-Ourcq, avec le Frère Robert Naret comme Maître des Novices. (Le Fr Léon Taverdet venait d’être élu Prieur général).

JYH  Tu as bien posé les bases de ta vocation…On ne va pas pouvoir évoquer toutes les étapes que tu as vécues… Mais qu’est-ce que tu mettrais en premier dans ta vie de religieux-missionnaire ?

JD  J’ai bien vécu le Noviciat. Ça me plaisait cette vie où la prière avait quand même une  grande place… On n’était pas très nombreux, on était proches les uns des autres… beaucoup de chaleur humaine…

JYH  Après le Noviciat et tes études théologiques, qu’est-ce qui a été le plus marquant, le plus déterminant dans tes engagements missionnaires ?

JD  Le fait que j’ai été Maître des Novices ça a polarisé ma formation, mes engagements…
J’ai été ordonné en 68 et j’ai été nommé aussitôt à La Croix-sur-Ourcq, chargé du Noviciat. ! On m’a envoyé à l’Institut Catholique de Paris pour étudier l’histoire des Ordres religieux. J’ai donc suivi des cours sur la vie religieuse, d’autres sur la foi en Dieu dans le contexte du monde moderne… (en faisant l’aller-retour depuis l’Aisne).
Ces cours m’ont beaucoup aidé par la suite… Au bout de 2 ans, le Noviciat a été transféré à La Houssaye où je suis resté encore deux ans. A La Croix j’étais engagé aussi dans des équipes CMR. Le Mouvement avait été beaucoup développé par le fr Robert Naret. De ces 4 années où j’ai été Maître des Novices, il reste 2 Frères (en mission au Brésil). Mais je suis toujours en lien avec ceux qui ont passé un temps au Noviciat et qui sont repartis dans la vie laïque.

JYH  La Croix sur Ourcq… La Houssaye…   Étape suivante ?…

JD  Lorris, le Loiret avec le service d’un grand secteur paroissial pendant 8 ans…

JYH   Vous étiez en force à l’époque ?
JD  Oui et avec des Frères au travail professionnel…

JYH   Comme beaucoup d’entre nous, tu as donc fait le tour de France... 8 ans à Lorris et ensuite 9 ans à Ille-sur-Têt ? Qu’est ce que tu retiens de missions et de régions si différentes, l’Aisne, le Loiret, Les Pyrénées Orientales ?

JD   Ce qui m’a beaucoup marqué dans  les Pyrénées Orientales c’est la culture catalane… Une tout autre culture que la mienne… J’en appréciais la richesse… Je me suis même mis à danser la sardane ! J’ai lié des amitiés qui durent encore aujourd’hui ; on continue à correspondre…
Après Ille-sur-Têt, je suis allé au Moulin de l’Oulme (Gard). Là c’était l’insertion dans un milieu culturel différent :  les néo-ruraux. C’était la deuxième équipe de Frères.
On n’avait aucun ministère paroissial.

JYH  C’était quand même du chaud et du froid ? Entre les secteurs paroissiaux de Lorris ou d’Ille-sur-Têt et le Moulin de l’Oulme où tu ne faisais pas un seul baptême ni un seul enterrement … il fallait s’adapter !
Il y avait quand même un fondamental ?

JD   Le fondamental c’est la vie communautaire et la vie de prière.
J’avais aussi un ministère mais autre que le paroissial. Ce n’est pas évident quand même de s’y retrouver.
Au Moulin de l’Oulme j’avais une certaine autonomie au niveau élevages, petits élevages !! Des poules et des lapins. Ça me convenait bien dans ce contexte là. Et ça nous aidait bien à vivre quand même…

JYH  Les vrais œufs du Frère Jacques, ça plaisait aux néo-ruraux !!    Le miel ?

JD  Je n’ai pas osé faire de ruches ! Mais on avait un beau jardin…

JYH   C’est très intéressant mais on n’a pas fini le panorama ? Le Moulin, combien de temps ?

JD  Je suis resté 6 ans je crois… puis j’ai été envoyé à La Houssaye pour l’accueil et le jardin.

JYH   Il y avait encore l’énorme jardin du Frère André Romary ? C’est toi qui as pris sa succession…
JD   Oui mais je  n’avais pas son efficacité au travail !
Après La Houssaye, ça a été Boulogne-sur-Gesse pendant 6 ou 7 ans, avec un grand secteur paroissial assez dynamique… Les Frères avaient marqué ce secteur…Par leur travail salarié, des Frères comme le fr Yves-Henri avaient donné un autre visage de la vie religieuse…
Et de Boulogne enfin je suis venu ici à Brienon en 2009, d’abord au Prieuré puis à l’EHPAD.

JYH  Quand tu relis ce parcours de mission rurale en France pendant presque 50 ans, quelle synthèse pourrais-tu en tirer ? C’est sûr que le contexte n’est plus du tout le même depuis ta jeunesse à la JAC…

JD  Ce qui demeure c’est la relation personnelle dans la foi et dans la prière… Ça m’a toujours nourri.

JYH  Ça a été pour toi l’arête fondamentale, quelque soit la mission…

JD  Après, tout devient possible… A travers tout ça, j’ai créé des liens humains profonds… par exemple avec les foyers du CMR, avec les ouvriers ruraux…

JYH  Tu restes en relation ?

JD   Oui, avec presque tous, même si maintenant j’ai un peu de mal à écrire… Je suis par exemple toujours en lien avec la famille chez qui j’ai fait un stage alors que j’étais étudiant…

JYH  Avec ces changements, les changements de travail, de ministère, de lieu, de culture…comment vis-tu une continuité ?

JD   Par les relations que je garde… et par une certaine spiritualité…
Je le dois à la Congrégation…(J’ai eu la chance d’aller à l’Institut Catholique pour étudier l’histoire de la spiritualité).

JYH   Comme dit notre François, tu « relis ton passé avec reconnaissance »…

JD   Oui, avec une profonde reconnaissance, d’autant que le terme approche ! « Nul ne sait ni le jour ni l’heure » mais les années sont là. C’est un soutien de savoir que Quelqu’un m’attend, que Jésus m’attend… C’est lié à la foi que j’ai reçue quand même de ma famille…

JYH   François parle aussi du présent dans son message aux consacrés : vivre le présent avec passion…

JD   J’aime beaucoup cette expression « l’Aujourd’hui de Dieu ». Tout ce qui est relation humaine, de respect… ça n’a rien perdu de son importance… qu’on soit malade,  cancéreux, on peut toujours vivre ça !Le vivre avec les gens qui sont là, ce n’est pas toujours évident. Ça demande d’accepter les autres dans leur qualité humaine…
(une personne du service vient remettre du linge dans l’armoire pendant l’interview)
Les gens qui travaillent ici sont attentifs aux personnes âgées : elles sont patientes et dévouées… Elles ont une vie de famille et elles ont leur travail ici, mais ce n’est pas n’importe quel métier !

Interview de Fr Jacques Dentin
par Fr Jean-Yves Hélaine     le 23 janvier 2016