Le bonheur de répondre à l’appel
Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs (He 3, 7-8)

En février 2010, à 75 ans, je rejoignais le prieuré Helder Camara, prieuré de noviciat à Palestina, dans l’état 2018 Frère Eugèe au Bresildu Para au nord du Brésil. Je me suis rendu compte que ce changement m’a interrogé : les migrants savent que repartir ailleurs n’est pas sans épreuve. En Vie Religieuse, aller habiter ailleurs est normal. Cela ne m’a pas tellement coûté. L’orientation profonde de ma vie y est pour essentiel. Je résumerai mon itinéraire en quatre périodes à la lumière d’un verset de l’évangile : Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure ; si bien que tout ce que vous demanderez au Père ne mon nom, Il vous l’accordera (Jn 15, 16)

Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis. Un appel
Enfant et adolescent, à qui me demandait ce que je voulais être dans ma vie, je répondais : agriculteur. Je ressentais un appel de Dieu à la vie missionnaire. A 19 ans cet appel fut précis et me reste inoubliable ; j’en sortis heureux mais habité, durant 6 ans, par un grand « comment cela se fera-t-il » ? A 25 ans, je m’en ouvris à un prêtre ; conforté, j’allais de l’avant. A qui tentait de me dissuader de partir, je répondais : « mon grand désir, c’est d’être heureux » ! Je quittais ma famille et mon travail d’aide familial.

et institués. La confirmation de l’appel, le temps de la formation.
Durant quatre ans, à l’école apostolique de Saint Ilan (Côtes d’Armor) avec un objectif : je récupère des cours du secondaire. En réalité ce fut bien davantage : la rencontre de religieux, les Pères du Saint-Esprit, et des compagnons appelés eux aussi par le Seigneur : un appui pour confirmer ma décision.
J’avais 30 ans quand je me suis joint aux Frères Missionnaires des Campagnes. Durant l’année de noviciat, je me sentais heureux, membre du peuple de Dieu dont je découvrais le projet dans la Bible. Puis suivirent les années de formation en communauté FMC. J’avançais dans la foi, non sans douter à certains moments. En 1971, après les vœux perpétuels, en la fête de l’ascension, avec au cœur une joie de disciple, j’étais ordonné prête avec un grand désir : exercer ce ministère comme un service du peuple.

pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. La mise en œuvre de l’appel, le temps de la mission.
Après mon ordination, je fus d’abord envoyé au prieuré de Boulogne-sur-Gesse. Tout en assurant un service paroissial, je travaillais comme ouvrier agricole. Puis je fis un stage FPA en électricité du bâtiment.
2018 Frère Eugène au Portugal.jpgEn 1975, je suis appelé à rejoindre un Frère commençant une communauté dans le Sud du Portugal ; un prieuré de Soeurs des Campagnes nous y précédait ; ce fut un privilège dans ma vie. Nous vivions dans un village, Lagaméças, d’abord à deux, puis à trois et quatre Frères, en grande proximité avec la population. Après la révolution des œillets en 1974, les questions politiques et sociales étaient présentes chez tous les gens ; à notre mesure nous les accompagnons. Chacun des Frères étaient insérés différemment ; pour ma part comme électricien en bâtiment et administrateur paroissial. Nous donnions priorité aux rencontres de groupes, surtout bibliques ; des adultes et des jeunes y préparaient leur baptême que nous célébrions la Nuit de Pâques : souvenirs inoubliables de la joie des nouveaux baptisés ! Certains de ces compagnons de route font aujourd’hui partie de la ‘Communion : laïcs, Sœurs, Frères Missionnaires des Campagnes’.
En 1994, je rejoignais Coquelandia, au Nord-est du Brésil (Etat du Maranhão). Là, à partir d’une « option préférentielle pour les pauvres », choix de l’Eglise d’après Concile au Brésil, j’ai appris à aimer un peuple de culture différente et, spécialement les petits de ce peuple, organisés en groupes de rues. J’y suis resté comme administrateur paroissial jusque mes 75 ans, d’où je suis parti pour le prieuré de Palestina do Para.
si bien que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera. Arrivé au temps de la retraite, l’appel continue ;
Passé le temps des engagements prenants, je me vois maintenant en situation plus gratuite d’auxiliaire, avec seulement quelques responsabilités et services partiels dans la communauté des Frères et en pastorale ; les nombreux problèmes sociaux de la région ne sont pas sans nous interpeller. Mon emploi du temps est plus libre : je me suis joint au club des personnes âgées de la commune.
Je demande à Dieu, dont la fidélité ne m’a pas trompé, la même grâce pour aujourd’hui et demain. Et, avec ceux et celles qui avancent en âge, je confie au Christ mes efforts voués à la conservation de la santé du corps et de l’esprit ; mais qu’en tout sa volonté soit faite ! Je compte sur les Frères de ma communauté, pour cette nouvelle étape, ce nouveau temps de grâce où l’essentiel est à poursuivre sous la mouvance de l’Esprit.

Frère Eugène LEGEMBLE
prieuré Helder Camara
palestina do Para (Brésil)

 

Marche avec nous, Marie

2018 Francois déambulateur

Frère François a écrit l'article ci-dessous en 2012, encore à Boulogne sur Gesse, avant de rejoindre la communauté de la maison de retraite de Rabastens.

"Ce témoignage m'a donné l'occasion de revoir mon C.V, avec les dates, les constances, les centres d'intêret de mon itinéraire de vie et de relire mon aujourd'hui à la lumière de ce parcours."

Mon aujourd’hui

C’est le déambulateur, pour ces allées et venues qui n’en finissent plus !
-  C’est le mobile, le portable à portée de mains, l’ordinateur consulté tous les matins.
-  C’est la foule innombrable d’objets qui peuplent mon environnement et qui me maintiennent en connexion. Objets inanimés, avez-vous donc une âme dans ma tourd’ivoire… ? Qui s’attache à notre âme et la force à aimer ?
-  C’est la Muse qui me poursuit de ses mélodies et m’accompagne dans les chorales etles maisons de retraite. Alors on voit des visages qui s’éclairent, des lèvres qui fredonnent, des mains qui battent la mesure, des voix qui osent s’élever et parfois même des pieds qui se hasardent à danser ! … Et moi-même, dans la foulée, contraint de marcher au rythme des fauteuils roulants !
-  c’est le chapelet médité, comme à Lourdes ou chanté en portugais qui permet de meubler la moindre occupation : s’habiller, se laver, se chausser, se déplacer … !

Mon parcours

Une relecture de mon parcours m’aide à comprendre comment ma « légende personnelle » a pu se déployer de 1933 à 2013 bientôt !
Ainsi, je soulignerai :
- Les vingt ans passés dans une famille où la musique et la prière avaient leur place.
-  Les vingt ans aux P.T.T., à Pibrac pour commencer et à Paris-extra-muros (Seine-et-Marne) pour être titularisé ; ce sont dans mes tournées de facteur que je m’initie à la langue portugaise et qu’un jour Maria Adelina m’invitera à sonmariage à Belmonte (Portugal).
-  Les dix ans au Portugal où j’adopte lesmélodies à consonance occitane, la langue de Bon-papa, félibre frontonnais et celle de Bonne-maman de Loubet à Toulouse.
- L’appartenance constante à une chorale, à chacune de mes assignations :
       - Pibrac en 1970 groupe vocal
       - Meaux en 1980 Citarel
       - Château-Thierry en 1990
       - A Coeur-joie
       - enfin le Groupe Choral Loureiros à Palmela (Portugal).
       - Aujourd’hui encore, c’est à Péguilhan la chorale des Aînés du Tuco (Haute- Garonne) !
 
De maison de retraite en maison de retraite
C’est dans une maison de retraite, un centre de jour, que prendra naissance le groupe musical d’animation, musique populaire, dénommé : Amigos de Lagameças où, pendant sept ans, je ferai mes premiers pas dans l’animation des fêtes locales au Portugal.
Et voilà sept ans déjà que le Choeur de chants Arc en Ciel va, chaque jeudi, de maison de retraite en maison de retraite !
En attendant que moi-même je me retrouveen maison de retraite ?

Frère François GRABIE Prieuré Saint-Bertrand
Boulogne-sur-Gesse (Haute-Garonne)

En fait, Yves, tu as eu toujours eu la foi.
Quand tu avais sept ans, tu es tombé dans l’Adour dans laquelle il y avait beaucoup de courant. Et quand on t’a repêché, tu as affirmé : je n’ai pas eu peur car j’avais ma médaille.
Quelques années plus tard, à la fin d’un camp scout, tu avais quatorze ans et tu as confié aux parents que tu souhaitais consacrer ta vie à Dieu.
Après toutes tes années de collège à Saint-Grégoire à Tours et ta terminale au Mans, tu nous as quittés pour les Frères Missionnaires des Campagnes où tu as commencé ton noviciat.
Puis tu as vécu des années difficiles lors de ton service militaire de trois ans, dont la majeure partie en Algérie.
Ensuite, tu as rejoint ta nouvelle famille : les Frères Missionnaires des Campagnes

Lecture Is 53, 1-6 et 10-12   Jn 17, 1-12

Frère Yves nous as quittés pendant le Carême et peu de temps avant le dimanche de la passion.

Ce temps me semble proche de ce qu’a été sa vie pendant ces 2 dernières années.

Certes cela n’a pas été toute sa vie.

Il a été missionnaire pendant de longues années mais tout d’un coup, cet arrêt brutal suite à l’AVC lui donne une autre dimension.

Une longue vie missionnaire qui se termine par un long calvaire, une nuit, mais dans la foi nous croyons maintenant qu’il a trouvé la lumière.

Les textes choisis nous invitent à méditer cela.

Avec Isaïe on pourrait reprendre des paroles et identifier Yves au serviteur souffrant :

Il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire.

Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face.

Certes il n’a pas été abandonné des hommes, de nombreuses personnes sont venues le voir dont souvent sa famille, merci. De nombreux frères ont été là, présents à lui, plus particulièrement Paul et René, merci.

Mais ne nous sentions nous pas souvent dans l’incapacité de soulager ses souffrances, avec l’impression de le laisser seul, à lutter contre ses douleurs.

Ces derniers mots recueillis par frère Paul Morel depuis novembre disaient cela : « J’ai mal…….   Soulève-moi. » “J’ai mal ….   je souffre ….”         « Comment ça va, Yves ?     -      Moyennement. »  

Mais il a eu aussi des mots positifs qui marquaient sa présence aux autres :

« Merci pour ta patience ! »

A la soignante qui lui demande : « Pourquoi ces ‘OH !’ quand on vous manipule ? » il dit « Je m’exprime…. Ça me fait du bien. »                        

Et une infirmière a dit en parlant d’Yves : « Il est adorable ! »      

Et sa dernière parole après un verre d’eau, « MERCI ! ».

Cette présence aux autres, cette écoute, certains qui ont travaillé avec lui pour l’animation paroissiale me l’ont fait remarquer. Des jeunes se souviennent de lui lors de catéchèse et auraient voulu être là aujourd’hui pour aussi lui dire merci.

Alors dans la foi, on croit que le Seigneur portait ces souffrances avec lui : c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé.

Et plus loin il est dit du serviteur souffrant : Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. … Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera.

Que Yves voit cette lumière est maintenant notre espérance.

Dans l’Evangile selon St Jean on lit que : Jésus a promis qu’il donnera la vie éternelle à tous ceux que Dieu lui as donné.

Yves depuis son Baptême et plus particulièrement depuis ses vœux s’est entièrement donné au Christ.

Ce don, il l’a d’abord fait en vivant en communauté avec ses frères, avec des hauts et des bas, et aussi à travers sa vie missionnaire dont son ministère de Prêtre.

Qu’il reçoive donc cette vie éternelle.

Mais cette vie éternelle ne commence pas aujourd’hui, car Jésus nous dit : Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

Yves a vécu de Dieu et du Christ et il a œuvré pour les faire connaître : On se souviendra que dans le diocèse de Meaux, il a été actif dans divers secteurs pastoraux et plus particulièrement à travers le SPR, le service de pastorale rurale. Il a été aussi très présent dans le catéchuménat que ce soit localement ou pour le diocèse.

Oui on peut reprendre pour lui cette phrase du Seigneur : J’ai manifesté ton nom aux hommes. Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donné à faire.

 

En regardant la vie de frère Yves nous pouvons rendre grâce pour ce qu’elle a été mais aussi chercher à poursuivre certaines choses.

Maintenant il continue sans doute à prier pour nous en reprenant les paroles de Jésus :

Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.

Amen

Frère Emmanuel Eblé