Entré chez les Frères Missionnaires des Campagnes en 1945, à l'âge de 41 ans, Frère Alfred Charrier était notre « doyen d’âge » (5 semaines de plus que le Père Epagneul !)

 

Le samedi 17 juillet 1993 au soir, nous est parve­nue la nouvelle de sa mort. Pris d'un malaise en gare de l'Est, à Paris, vers les midi, le SAMU le transporta à l'hôpital où il devait décéder peu après. Il devait se rendre à La Houssaye-en-Brie et, de là, à la Mai­son de retraite de Charny (Yonne) pour visiter Frère Emile Laloué.

 

1904-1993 Alfred CharrierVendéen à l'œil vif, passionné du contact avec les autres, homme de foi, missionnaire dans l'âme, sillonnant les routes pour rejoindre les ouvriers agri­coles. Frère Alfred était aussi un tra­vailleur infatigable, toujours à l'affût du progrès.

 

Depuis 1980, il était au Prieuré Saint-Hilaire de Francueil (Indre-et-Loire).

 

Cet article paru dans la CHRONIQUE des FMC et SC du 1er septembre 1993 lui avait été demandé pour souligner le Cinquantième anniversaire de la Congrégation.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

 

 La vie est devant nous

 

 

C’est un des doyens qui vient s'entretenir aujourd'hui avec vous. Eh oui, chez nous, il, y a deux doyens. Il y a le Père Épa­gneul, qui a lancé l'appel en 1943 pour fonder la congrégation dont nous fêtons le 50ème anniversaire. Pourtant, il est battu en âge par un de ses Frères, puisque l'autre doyen le précède d'un mois !

Mais pour ce qui est de la vie chez les FMC, en 1943, j'étais encore bavarois, comme pri­sonnier de guerre.

 

Il faut bien le dire, la mort approche, car les centenaires restent assez rares. J'ai souvent entendu dire par les respon­sables : « Surtout, évitez le vieillisse­ment ». Jusque là, cela m'a paru une chose impossible, car tous les ans il faut sauter une barrière et, en juin 93, si Dieu me le permet, je devrai sauter la 89ème !

 

En lisant un article de Mgr Elchinger, il m'a semblé que je me trompais, car au nom de l'Église il proclamait : « Je crois en la vie éternelle ». Je me suis dit en pre­mière analyse : « Quel sens peut avoir le vieillissement si on est engagé en une vie qui ne finit pas ? ». Ça me paraissait tel­lement important que je suis allé fouiller les Écritures. Et, en effet, au chapitre 11, verset 25, Jean cite la parole du Christ :  "Celui qui croit en moi, fut-il mort, vivra et quiconque croit en moi ne mourra point"».

 

 « Je crois en la vie éternelle »

 Les saints que nous implorons, saint Martin, notre patron, la petite sainte Thé­rèse, implorée dans le monde entier, en sont un témoignage. Qu'ils aient pris une autre forme au départ de ce monde, bien sûr. Mais, puisqu'ils peuvent nous venir en aide, c'est qu'ils vivent.

Plus près de nous, les dix-sept Frères que Dieu a rappelés comme prémices de notre famille, et que je ne manque pas de rappeler chaque matin pour remercier Dieu de tant de faveurs dont il nous a entourés.

Notre passage sur cette terre ne serait donc qu'une étape bien courte, hélas, pour notre vie. Et je me pose encore la même question : « Quel sens a le vieillis­sement en une vie qui ne finit pas ? ».

 

Des témoignages éloquents

 

Si j'ose parler ainsi, c'est que ma for­mation de jeunesse ne tolérait aucun doute en cette matière. Et j'ose vous faire part des témoignages reçus de ma famil­le, à commencer par ma grand'mère. Je me vois encore dans sa chambre quand Mr le Curé vint lui administrer le sacre­ment des malades, de répondre : « Mr le Curé, ça ne me coûte guère de partir, puisque ma famille est plus nombreuse là-haut qu'ici ».

 Celui de ma mère est aussi éloquent. Puisque, étant novice, un télégramme m'annonce que sa vie était en danger, je pars donc l'accompagner par un dimanche de septembre. Arrivé en famil­le, je trouve ma mère, la figure un peu fatiguée mais en pleine connaissance, et de me dire : « Tu dois être heureux, main­tenant, depuis si longtemps que tu rêvais cela ». Et d'ajouter : « Maintenant que je t'ai vu, ça ne me coûte pas de partir ». Quatre heures après, elle partait.

Après de tels témoignages, m'est-il permis de douter en ce qui concerne la foi ?

 

En 1988, à notre Assemblée de Lisieux, j'avais parlé aux Frères des appels de la Mère de Dieu au monde actuel. Depuis, les choses ont bien évolué, car ce n'est plus à un ou deux pays que la Sainte Vierge s'adresse, mais au monde entier, de la Corée et du Japon à la Syrie, et de là vers l'Europe, par la Yougoslavie et l'Italie, remontant le Nord par l'Irlande et partant vers les Amériques par l'Equateur et l'Argentine.

 

Les messages de la Mère de Dieu

 

Une chose jamais vue en humanité. Et partout le même message : « Priez, priez et mettez-y tout votre cœur ». Ces témoins, quasi tous jeunes et du milieu dit popu­laire, nous annoncent une période de grandes grâces durant laquelle ce sera plus facile de croire aux données de la foi.

Je devine que vous allez me dire : « Depuis le Christ, la Révélation est close ». Ce dont je suis d'accord, et la Mère de Dieu ne peut annon­cer autre chose. Mais je cite les paroles d'un des témoins à qui on faisait cette réflexion : « Oui, mais on en oublie une partie, et c'est cela que la Mère de Dieu vient nous rappeler ».

 

Pourquoi Marie ne s'adresse-t-elle qu'à d'assez jeunes ? Sans doute parce qu'ils sont l'avenir. Dieu les aime particulière­ment. Ne tombons pas dans une pruden­ce excessive qui fut celle des Pharisiens à l'époque de la venue du Christ et réflé­chissons aux difficultés que rencontrent nos jeunes pour être fidèles à leur pro­fession de foi.

Alors, écoutons Marie qui nous dit : « Ayez confiance ! ». Et encore une fois : « Prions, prions et mettons-y tout notre cœur ».

 Frère Alfred CHARRIER ■ (1er juin 1993)

En février 1978, Frère Joseph MOULAY, membre du Prieuré du Neubourg (Eure) devait arrêter tout travail pour être hospitalisé à Rouen. Malgré la recherche assidue des médecins et l'attention constante du personnel hospitalier, il achevait, le 13 septembre 1978, sa route sur cette terre, ouvert à l'amour éternel de Dieu. Il était âgé de 34 ans.


1943-1978 Joseph MOULAY bJusqu'au bout, il est resté dans la paix, accueillant chacun, fortifié par la foi et la prière.
De nombreux amis ont participé à ses obsèques le 16 septembre, au Neubourg (Eure) et à Champéon (Mayenne).

 

« Je vous exhorte
par la tendresse de Dieu
à Lui offrir votre personne
et votre vie
en sacrifice saint.
Cherchez à comprendre
les événements dans leur profondeur
pour savoir quelle est
la volonté de Dieu. »


(Saint Paul aux Romains)

 

Lundi 12 novembre, juste après sa fête et la veille de son anniversaire, en l'église de Quatremare, rassemblés autour de notre évêque, du Père Epagneul, fondateur des Frères Missionnaires des Campagnes, et du Frère Jean-Louis, prieur général, les Frères, les Sœurs et sa famille, moniteurs, personnel du Centre, stagiaires, anciens moniteurs, anciens stagiaires et beaucoup d'amis, nous avons célébré la messe d'enterrement du Frère Léon.
Entrecoupés de chants pleins d'espérance et de moments d'un silence très priant, des témoignages ont été donnés sur notre Frère.
Frère Léon a quitté son exploitation agricole des Libaudières, en Vendée, à 35 ans pour entrer chez les Frères selon l'appel du Seigneur. Après quelques années de formation, il a été neuf ans au Prieuré de Pibrac, près de Toulouse, et est venu à Canappeville en 1972, où il travaillait comme chauffeur de tracteur.

Frere Leon BONNAUDET 1923-1984 Bien qu'il n'ait pas été moniteur, il connaissait tous les stagiaires depuis 12 ans, les appelait par leur prénom et pour la plupart, savait ce qu'ils étaient devenus. Il était membre de l'A.S.A.V.P.A. qu'il appréciait beaucoup.

Avec Frère Léon, la vie n'était pas triste. Combien n'ont-ils pas fait avec lui une partie de tarot où il avait de la chance plus qu'à son tour. On se demandait parfois s'il ne reconnaissait pas les cartes rien qu'à voir leur dos ! En tout cas, il était très observateur, et à 50 mètres, distinguait un lièvre d'une hase... Il aurait voulu qu'on soit tous gais comme des pinsons.

Très coloré et souvent blagueur dans ses paroles, il était très simple dans la réalité de sa vie de religieux fidèle, plus préoccupé par l'heure de sonner la cloche, par le traitement des blés ou la cuisine du dimanche midi qu'il assurait souvent, que par les grandes idées - ce qui ne l'empêchait pas d'avoir des connaissances précises de géographie et de s'intéresser à tous les peuples du monde, sur le plan humain et missionnaire.

Alphonse Spriet, son compagnon de travail nous dit de lui : « Frère Léon était bon, foncièrement bon. Jamais on ne l'entendait formuler une critique désobligeante. Il excusait toujours. Il avait sur les lèvres le mot aimable qui fait plaisir. Empressé de rendre service, il le faisait avec tact et modestie ».
Il avait un cœur gros comme ça. Il l'a lâché en pleine nuit. C'est la mort qu'il souhaitait.
Merci, Frère Léon !


Les Frères du Prieuré Notre-Dame-des-Bois
Canappeville (Eure)

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

 

Témoignage d'un foyer ouvrier de Brax
Adieu Léon, Frère et ami...

« Nous ne savons pas l'heure... »
Ce dimanche, à la fin de la messe : une annonce... Ton retour à Dieu.
Un regard avec Jeannot : « C'est notre bon Léon qui nous a quittés, non ! Ce n'est pas vrai... nous ne voulons pas...
Tu es parti si vite, en silence, comme si tu nous faisais une farce, car tu aimais en faire, te souviens-tu ? Vous souvenez-vous Frères de Pibrac ?
Nous revoyons ton visage souriant, toujours heureux. Quand nous sommes-nous connus? Nous ne savons plus... qu'importe. Où ? à Pibrac bien sûr... tout simplement, l'amitié était là, simple et belle ; c'est comme ça chez nos Frères et Sœurs des Campagnes.
Nous nous souvenons de ton accueil chaleureux ; nous nous arrêtions au Prieuré parfois, souvent pour rien... nous étions chez nous ! Pour dire bonjour à toi, à tous, à chacun ! Jouer à la belotte, à la pétanque, partager le repas. Tu venais aussi chez nous.

Homme de la terre, tu aimais la terre, tu aimais ton verger, ta vigne gorgée de vie, les belles fleurs ; on revoit ta fierté dans le chais qui sentait le vin nouveau...
Un jour, l'Office manqué, car nous bavardions dans l'entrée, tu nous as dit « c'est important aussi, le temps qu'on passe avec ses amis ». Tes amis sont nombreux, et tu les as aimés. Tu étais souriant, cordial, aimant rendre service. Brave homme !

Mais sais-tu que c'était « LUI » que nous imaginions dans ton accueil, car la prière à la chapelle, aussi, nous l'avons partagée.
Ton départ de Canappeville... regret de nous quitter, tu n'aimais pas déménager...

Un jour - un an après - à la Profession d'un Frère à Lavannes : « mes amis... mes amis, c'est vrai » la larme à l'œil, c'était bien toi ; quelle joie ! Ce que nous avons pu bavarder !

Ensuite à Canappeville, quelle était belle la Normandie ! Merci à toi, à nos Frères de ce voyage.
Ton souvenir restera parmi tes amis, nos prières sont pour toi. Mais toi, qui vois le Père, demande-lui que tous les hommes retrouvent le sourire ; car le sourire c'est le bonheur...

Adieu, Léon !

Reine et Jeannot, Brax (H.-G.)

 

 

 

 

 

1925-1985 Jean-Paul Cornet RoseFrère Jean-Paul Cornet
nous quittait le 19 mai 1985

au terme d'une longue maladie. Il avait 60 ans (1925-1985).

 

Voici le témoignage d'un de ses amis, engagé comme lui au service des ouvriers agricoles.

Nous sommes venus aujourd'hui te dire : « A Dieu ».
Mais avant, nous voudrions te dire que ta vie a été pour nous, salariés de l'agriculture, un exemple de courage, de force et de vérité devant les événements de la vie.
Tu as su nous montrer le chemin à suivre, non seulement par des paroles, mais aussi par des actes, pour aider les plus démunis d'entre nous.
Malgré ta maladie, tu as lutté de toutes forces jusqu'au bout pour faire avancer le progrès social. Tu as su passer tes responsabilités en temps voulu pour nous apporter tes derniers conseils.
Tous ces messages, nous les garderons bien précieusement sans les oublier, et nous les utiliserons le moment voulu.
Nous t'en remercions et te disons tous : « A Dieu, Jean-Paul ! »

Albert Lebrun

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Témoignage du Prieur Général

«Jean-Paul avait la conviction que lorsqu'un homme donne le meilleur de lui-même dans le travail, les relations aux autres, la lutte contre la maladie ou toute forme de souffrance, l'Esprit de Jésus est là, à l'œuvre...
Jean-Paul CornetAux bons, comme aux mauvais jours, la Parole de Dieu écoutée et priée a été sa Lumière. Lorsque les hommes refusent la fatalité, la pauvreté, l'égoïsme, qu'ils relèvent la tête et s'organisent, ils rencontrent un certain combat sur leur route, ils sont la sève de roses qui fleurissent et s'ouvriront demain.

Jean-Paul a vécu longtemps avec les fleurs, mais surtout pour l'homme : celles qui fleurissent sur la terre de la fraternité annoncent celles que Dieu veut faire fleurir pour toute l'humanité rassemblée dans son amour, en laquelle notre frère a espéré»

Frère Jean-Louis Lejay