Textes : 1Thess 4,1-14, 17-18 Evangile Luc 9, 28b-36
Jésus prit avec lui Pierre, Jean et jacques. Il gravit la montagne pour prier. C’est l’évangile qui vient d’être lu, c’est l’évangile de la Transfiguration que nous fêtions mardi dernier, jour où Fr. Christian a fait son passage.
Jésus prit avec lui Christian, et Christian a cheminé avec Jésus depuis 95 ans.
Dans son parcours de vie qu’il a écrit durant son année à l’abbaye de Tamiers en 1992, Christian écrit : En repensant à ces années passées, je m’aperçois que ce qui a marqué mon enfance et mon adolescence, c’est d’abord la foi profonde de toute ma famille. Nous avions l’habitude de faire la prière ensemble avant de nous coucher..
Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques..
En 1943, alors étudiant des grandes écoles, Christian, tu fais, avec tes camarades, une retraite de trois jours à l’abbaye d’Aiguebelle, où tu es invité à mieux te connaître à la lumière de l’Esprit, et à mieux reconnaître les dons que Dieu t’a fait. Et quand Dieu donne, ce n’est pas pour nous glorifier mais pour donner à notre tour. Et au cour de cette retraite l’aumônier te pose la question : Christian veux-tu devenir prêtre ?
A partir de cette question tu cherches à savoir où le Seigneur t’appelle, et il te conduira en 1948 à La Houssaye-en-Brie chez les Frères Missionnaires des Campagnes. Tu feras tes premiers vœux le jour de la reconnaissance officielle de la Congrégation le 2 octobre 1949.
1949-2019, cela fait 70 ans de vie religieuse, vécues en communauté au service du monde rurale et de l’Eglise en Rural.
Tu as été marqué par les années vécues en Berry, puis par le Togo, de 1970 à 1981, où tu aurais souhaité rester. Comme Pierre sur la montagne, tu avais envie de dire : « Maitre il est bon que nous soyons ici, faisons trois tentes » Pierre n’est pas resté sur la montagne, mais il a entendu une voix qui disait : Celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez-le.
Tu n’es pas non plus resté en Afrique malgré ton désir, mais tu as fait confiance à Jésus qui par la voix de tes responsables te demandait de rentrer en France.
Après une année Noailles, ce fut la Drôme provençale, avec une animation pastorale et un emploi à mi-temps d’ouvrier communal d’entretien de la voirie.
En 1993 tu participes à la création du prieuré de Lombez et tu y resteras jusqu’à la fermeture du prieuré en 2012 pour rejoindre avec d’autres Frères la maison de retraite de Rabastens et témoigner d’une vie communautaire à l’intérieur d’une maison de retraite publique.
Ces dernières années tu étais devenu dépendant, et tu as appris à te dépouiller. Déjà à Lombez tu avais arrêté de conduire et tu avais écris dans Chronique en 2003 : quelques secondes de perte de connaissance, syncope peut-être, et cela à 4 mois d’intervalle… sur l’avis du médecin, j’estime ne plus avoir le droit de conduire. Me voilà dépendant des autres. Mais comment pourrais-je me plaindre ? Jésus prédit à Pierre que plus tard un autre le mènera.
A Rabastens, ce fut ton chemin que d’accepter de devenir de plus en plus dépendant, et des soignants et de tes Frères, et en même temps tu t’es retiré dans le silence.
Cela a pu déconcerter, mais tu accueillais avec un regard, un sourire, un bonjour, et surtout tu reprenais la parole pour chanter les psaumes avec tes Frères et célébrer avec eux l’Eucharistie.
On pourrait se demander quel est le sens d’une telle vie de silence et de souffrance, car malgré toute l’attention des soignants, Christian a souffert.
Je pense que Christian a vraiment vécu sa souffrance comme une participation aux souffrances du Christ, et par là il a donné un témoignage de foi. « Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité, nous disait St Paul tout à l’heure, de même nous le croyons, ceux qui se sont endormis, Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils. »
Jésus prit avec Lui Pierre, Jean et Jacques.. Jésus prit avec lui Christian.
La situation de Christian a aussi provoqué ses Frères à trouver les moyens d’une vraie fraternité, pas seulement en parole, mais en acte, et en ce sens Christian a continué à être missionnaire en invitant à être attentif aux plus démunis.
Mystère que chacune de nos vies qui se construisent avec des éléments dont nos ne sommes pas maitre. Mystère de la vie du Christ qui est passé par la croix avant d’accéder à la résurrection.
Merci à Frère Christian pour ce qu’il a donné à chacun.
Frère Emile Duthoit
Lors de la célébration à La Blache, par le Frère Charles Jourdin
Frère Cyprien,je m'adresse à toi comme à un grand frère :
Frère Cyprien, tu as quitté, en 1961 Goutrens ton village natal (en Aveyron) pour rejoindre le noviciat des Frères Missionnaires des Campagnes dans l'Aisne. C'est là que nous nous sommes retrouvés, avec sept autres jeunes ; tu étais un homme de 32 ans ; à la tête d'une petite ferme, aimant la musique et même le cinéma (Farebique)... engagé à la JAC ; tu y as appris à aimer le Christ Jésus.
Qu'est-ce qui t'a donc fait tout quitter ? L’évangile, en Marc 10,17-27, révèle ton secret : « Jésus posa son regard sur lui et il l'aima ; il lui dit : '' va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres ; viens et suis-moi'' ».
Tu as vendu le troupeau, tu as quitté la maman, tes frères et sœurs, la ferme, le village, tu as pris ta valise... tu as rejoint les F.M.C.
Je rappelle quelques grands traits de ta vie de F. M. C. :
– D'abord avec les Frères de La Motte-Chalancon, (Drôme), tu t'es fait proche des émigrés espagnols... tu as appris à fraterniser avec eux dans le travail rude du maraîchage ; avec eux, tu es parti jusqu'en Andalousie pour la cueillette des olives.
– Puis, à La Houssaye-en-Brie, tu as été responsable de l'accueil, tu as accueilli, écouté et accompagné bien des gens, en particulier les « Entre jeunes », lecteurs du LE PELERIN ; tu les as aidés à approfondir leur foi, à s'engager dans la vie... à chanter pour le Seigneur, au rythme de la cithare ou de la guitare.
– Ensuite, tu as rejoint les Frères du Moulin de l'Oulme (dans le Gard). C'était bien après 1968 : tu y as rencontré des hommes et des femmes qui cherchaient comment vivre, loin de la société de consommation... Tu allais les rejoindre jusque dans les villages les plus reculés... Pour eux tu es resté le sage, le Frère !
– Enfin, à la Blache (Pont Saint-Esprit dans le Gard), en maison de retraite ; tu as continué à approfondir la Bible, seul et avec d'autres ; toujours à écouter, avec ce sourire inimitable qui créait la relation.
Fatigué, tu es entré dans le silence et la contemplation, jusqu'au bout, comme tu le disais au Frère Lucien, la veille même de ta mort... jusqu'au bout.
Ta vie, nous la déposons devant le Seigneur, heureux d'avoir partagé avec toi des chemins de foi, de fraternité.
Frère Charles Jourdin.
Frère Bernard est né le 30 janvier 1922 à Meaux : fils de Maurice Rousseau et de Marguerite Ronssin. Il a été baptisé le 12 mars 1922 à Meaux.
Du CP au CM2, il fréquenta, avec son frère Marcel, une petite école mixte privée en lien avec la paroisse.
En octobre 1931, à l’âge de 9 ans donc, il est entré au collège, toujours avec son frère, au collège public de Meaux.
L’année 1932, il fait sa profession de foi et sa confirmation (avec une dispense car il n’avait que 10 ans).
Sa foi, déjà présente, fut dynamisée au cours de ces années par l’aumônier et il intègre, toujours avec Marcel, la JEC.
De 1936 à 1938, il suit les classes de la 3ème à la terminale et, à partir de 1937, il suit également une préparation militaire tous les 15 jours.
De septembre 1939 à juin 1940, il prépare une licence d’histoire à l’Institut Catholique de Paris.
Il entre au séminaire en 1940. Alors jeune séminariste du diocèse de Meaux, il rejoint le Père Michel Dominique Epagneul , dominicain, à la Houssaye en Brie dès 1943, avec quelques compagnons, pour la fondation d’une nouvelle Congrégation religieuse en monde rural appelée « Frères Missionnaires des Campagnes ». On peut dire aujourd’hui qu’avec son départ vers le Père, la première page de notre histoire Fmc se tourne ; Bernard était le dernier témoin des origines encore vivant.
Il fait son noviciat qui se termine le 25 janvier 1945 par un engagement privé puisque la Congrégation reconnue par l’Evêque de Meaux, Monseigneur Debray, n’est pas encore reconnue officiellement.
Il est ordonné prêtre (avant sa profession perpétuelle) : le 21 juillet 1946 en l’église paroissiale de la Houssaye en Brie par le cardinal Liénart en présence de Mgr Debray, évêque de Meaux.
En 1948 : il devient le premier maître des novices FMC, après les dominicains. Il gardera la charge pendant 11 années.
Il fait sa profession perpétuelle dans la Cathédrale de Meaux le 2 Octobre 1949 (jour de l’érection canonique de la Congrégation) en même temps que le Père Michel Dominique Epagneul et de nombreux frères.
En 1951 (avec dispenses canoniques) il devient Premier assistant du fondateur et secrétaire Général de la Congrégation. Sous-prieur du prieuré St Martin. L’année suivante il sera vicaire à Lumigny.
Le 23 août 1953, il devient Prieur d’un nouveau prieuré de noviciat à la Croix sur Ourcq dans l’Aisne. Il est curé de la Croix sur Ourcq.
A la fin de sa charge de maître des novices le 15 août 1959 : Il revient comme Prieur à la Houssaye en Brie, le prieuré général.
Le 1er août 1961 : il est nommé Prieur du Prieuré St Denis à Courpalay, qui est une nouvelle fondation. Il assure la charge de 11 paroisses. Vicaire économe et aumônier de l’ACG et FFR.
En 1969, il revient à communauté de la Houssaye en Brie, devenue prieuré de formation ; Il en est le Prieur ; Il reste Conseiller Général.
En 1973, il reçoit la charge d’Econome Général.
En 1975, il rejoint, Crèvecœur le Grand (Oise). Dans ce nouveau prieuré, chargé de paroisse, il est Vicaire coopérateur et aumônier CMR et ACGF. Il s’engagera aussi dans ces années à la croix d’or.
En 1985, il devient Prieur du nouveau prieuré de Luzillé. En plus de quelques services pastoraux, il anime un groupe biblique ; c’est l’époque où il découvre le mouvement charismatique. Il fera partie avec quelques frères d’un atelier « charismatique »… et est aumônier de « foi et lumière ».
En 1993, après 50 ans de vie FMC, il profite d’une Année sabbatique ; et rejoint ensuite, en 1994 le Prieuré de Boulogne sur Gesse. Il assure un service pastoral et l’aumônerie MCR et vie montante.
En 1999, Il entre en maison de retraite au manoir St Joseph de Bernay. Il garde encore un léger service pastoral et anime des retraites spirituelles. C’est dans les années 2000 qu’il travaille à la rédaction des documents sur le patrimoine avec sœur Ghislaine et plusieurs frères et sœurs.
En avril 2013, enfin, il rejoint le prieuré St Robert de Brienon sur Armançon. Il réside à la maison de retraite dans laquelle il terminera sa vie.
Comme on le voit dans le raccourci d’une si longue vie, il a assuré, comme collaborateur du Père Epagneul de grands services de Congrégation : maître des novices, conseiller général puis économe général et prieur de nombreuses fondations nouvelles. Parallèlement il a assuré sa mission de FMC dans des responsabilités paroissiales, pastorales et dans diverses aumôneries de l’Action Catholique. C’était un frère d’une grande culture lisant et travaillant beaucoup de nombreux livres d’histoire, de théologie et de spiritualité jusqu’à la fin de sa vie.
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