Témoignage de Marguerite Carbonare, de la communauté protestante.
Je suis triste du départ de frère Louis et en même temps reconnaissante de l’avoir connu.
Je l’admirais pour son engagement, même après ses 80 ans, que ce soit au Collectif citoyen- je le revois en train d’éplucher les légumes pour la soupe au pistou -, que ce soit aux rencontres citoyennes ou aux Cercles du silence, fidèlement chaque vendredi, sur la place de l’église. Nous attendions qu’il arrive appuyé sur son bâton, coiffé de son sympathique bonnet.
Toujours très discret sur sa foi chrétienne : pas de prosélytisme, être relié aux autres, les écouter tous, c’était l’expression de sa foi, C’est pourquoi nous l’aimions tous beaucoup.
J’ai toujours bien aimé le voir présent à toutes les rencontres œcuméniques. Cela me faisait chaud au cœur, lorsque j’entrais au temple ou à l’église Saint-Roch, de le voir, fidèlement présent, pour assister avec à ces moments de partage de la Parole, dans une prière commune.
Il venait aussi, fidèlement, le premier vendredi de mars à la Journée Mondiale de prière, organisée par les femmes de nos deux communautés, elles présentaient un thème préparé chaque année par des chrétiennes d’un pays différent.
Quelle ouverture de sa part. Tout ce qui concernait l’univers l’intéressait!
Il n’était pas très bavard, plein d’humilité. Cette humilité, je le comprends bien, lui a fait tirer sa révérence avant qu’on ne lui fête son centenaire.
Après tant d’années d’engagement en Afrique et en France, qu’il repose enfin en paix auprès de notre Père
Lectures : Rom 5,1-5 et Luc 12, 35-38 et 40
Nous avons coutume de dire, nous frères et sœurs des campagnes que notre spiritualité s’alimente de la parole de Dieu et de la vie des hommes. Louis était bien l’un de nous, animé par la foi et l’espérance dont nous parle l’auteur de l’épitre aux romains. Son espérance et sa foi se vivaient avec calme et patience et avec la simplicité du paysan qu’il était. C’était un « sage » un « roc » dit une amie. Oui il était solide dans ses convictions comme un « roc » et même parfois un peu « têtu » ; et pourtant il ne cherchait jamais la dispute ; s’il n’était pas d’accord il disait simplement : « oui faut voir » ! Ces derniers temps, si on lui communiquait le bonjour d’un ami rencontré il disait toujours : « merci, tu lui diras merci » A notre tour, Louis, nous te disons :
Pour ce que tu étais, merci et gloire à Dieu
Restez en tenue de service, votre ceinture serrée autour des reins ! Louis était un marcheur pour aller dans la nature ou dans le village rencontrer des gens. Il a gardé jusqu’à la fin la ceinture de cuir que nous avions autrefois au-dessus de notre tunique de Frères des campagnes. On se souvient aussi de son bonnet, de ses brodequins et de son bâton de pèlerin qu’il ne voulait jamais lâcher même en partant à l’hôpital. Il aimait aller dans des associations, jouer aux cartes, aux boules et avec d’autres s’engager pour des causes justes : Collectif citoyen et Cercles du silence.
Pour ta solidarité, Louis, merci et gloire à Dieu
Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Louis veillait avec « une grande curiosité » en accord avec la parole du Père Epagneul « mes frères soyez sagement curieux de tout » Il restait des heures à regarder par la fenêtre le paysage, les gens qui passaient : tout l’intéressait. En Afrique son nom était « Kiitou » : celui qui regarde avant d’agir et à qui rien n’échappe !
Pour ton regard de guetteur, Louis, merci et gloire à Dieu
A son départ d’Atchangbadè au Togo, après 9 ans de présence dans le village, les paysans ont voulu faire la fête : en réponse aux discours et applaudissements qu’il recevait, il dit aux gens : « ces applaudissements ne sont pas pour moi seul mais pour tous les frères ; vous avez bien compris que nous avions voulu ensemble travailler avec vous : vous avez accepté de vous unir pour avancer ; si un homme a une idée et en rencontre un autre qui a la même idée puis 2, 3, 4: c’est que l’idée est bonne. Et vous vous êtes mis en route !
Pour ton humilité, Louis, merci et gloire à Dieu
Quelques jours après, tu disais au Frère Remi : « Une amitié se manifestait. C’était une amitié partagée, une présence. Les paroles de louange à mon départ, s’adressaient à moi et à tous les frères. Nous ne sommes pas des individus, mais une communauté. Nous sommes réunis pour vivre ensemble dans des villages et pour travailler avec les paysans. Ils ont vu qu’on était venu pour aider tout le monde : ils nous ont vu travailler avec la houe, la pioche, les bœufs. Notre présence est un témoignage d’évangile, un témoignage de vie et de vie communautaire. Annoncer l’Evangile, c’est une proposition et c’est Dieu qui se fait reconnaitre. Vouloir annoncer l’Evangile dans un village sans partager la vie des paysans, ce ne serait pas normal. Partager la vie des ruraux c’est espérer ensemble un meilleur avenir. (extrait de Paysans africains)
Pour ton témoignage, Louis, merci et gloire à Dieu
« L’espérance ne déçoit pas puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ». dit Paul. Louis tu as espéré cent ans, maintenant tu vois Dieu en face ! Tu emmènes avec toi chez Dieu l’amitié de ceux qui t’ont connu et comme dit un couple d’amis protestants en parlant de toi : « Louis a été « colporteur » en actes de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ! Son humanité, son ouverture œcuménique, sa simplicité, sa fidélité à Dieu et aux hommes ont été des cadeaux pour nous tous, tout au long des années où il passait, presqu’incognito, se satisfaisant d’un verre d’eau, d’amitié et de partage fraternel…
A l’image de Son Maître, il a été pour nous tous « un ami fidèle et tendre » !
Louis, pour ta fraternité merci et Gloire à Dieu.
Frère Edmond
Depuis des années tu attendais sereinement ce grand passage. Te voici comblé, même si les circonstances sont difficiles.
Merci Marius.
25 novembre 2020 - Lorris
Job 19,23-27a , Psaume 41-42, Matthieu 25,31-40
« Chaque fois que vous l’avez à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »
C’est le texte d’Évangile de dimanche dernier.
C’est aussi notre choix pour évoquer dans cette célébration la vie et l’activité missionnaire de notre Frère.
Nous le savons tous, pour Frère Marius, « Ces petits qui sont mes frères » dont nous parle Jésus, ils avaient le visage des gens du voyage . Un Frère a calculé que Frère Marius s’est mis à leur service pendant 52 ans, dans l’Indre et ici dans le Loiret. Les gens du voyage et aussi tous ceux qui ont besoin d’être aidés et reconnus. Dans le courrier que nous avons reçu ces jours-ci, certains personnes témoignent de sa participation aux activités du Secours Catholique.
Avec la Pastorale des gens du voyage, Frère Marius a participé à de nombreux rassemblements et pèlerinages. Il en a accompagné et préparé aux sacrements, principalement le baptême.
C’est « le frère avec la 4L »…Il paraît que c’était comme çà que des gens connaissaient Frère Marius. Avec cette 4L, Frère Marius a fait beaucoup de déplacements et rendu de nombreux services.
Est-ce Frère Marius n’était aussi un de ces humbles ? Ce n’était pas une force de la nature. Il a connu la fatigue. Mais çà ne l’a pas empêché d’être actif. Pendant une vingtaine d’années, Frère Marius a vécu dans le Berry, au sud de l’Indre. Je me suis toujours demandé comment il a tenu le coup en faisant les battages dans les fermes, car c’était un métier dur. Plus tard il a fait les tournées du boulanger dans les villages. Le samedi, les tournées étaient longues et se prolongeaient jusque dans la nuit tombée. Le dimanche matin, nous voyions Frère Marius arriver à la prière avec de la migraine. Mais l’après-midi, il prenait la voiture et partait en visite auprès de ses amis les gens du voyage. Le soir, il nous revenait en forme : Conduire calmement et rencontrer ses amis voyageurs avait fait passer la migraine !
Je suis arrivé tout jeune frère dans cette communauté dans l’Indre où il y avait donc Frère Marius et Frère Louis Loiseau, tous les deux autour de cinquante ans. Voir vivre et vivre avec ces deux Frères aînés, bien enracinés dans leur vie de religieux, voir leur fidélité à la prière, leur présence au travail et aux activités missionnaires, vivre avec eux cette vie fraternelle, cela a été une bénédiction pour moi et souvent j’en ai rendu grâces au Seigneur.
« Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant… Je le verrai face à face et il ne sera plus un étranger pour moi. » Ce texte de Job nous rappelle bien la foi de Frère Marius. Depuis longtemps, il était prêt pour cette rencontre avec son Seigneur ; On peut dire je crois qu’il attendait cette rencontre. Il nous disait : « ça va arriver un jour ». Dans ses dernières années au prieuré, il allait plusieurs fois dans la journée à l’oratoire prier et égrainer son chapelet. Et à la maison de retraite, les rares sorties de sa chambre, c’était pour aller dans le couloir, à un endroit d’où il pouvait voir la chapelle de la maison, et là il prolongeait la prière qu’il avait commencé dans sa chambre.
Nous aurions aimé fêter dans quelques semaines seulement les 100 ans de cet homme de foi, de cet homme de service et de charité. Rendons grâce ensemble pour cette vie entièrement donnée. Demandons au Seigneur de l’accueillir dans la plénitude de la Vie.
Frère Paul Fruchet
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